Qui êtes-vous ? On est trois jeunes et notre point en commun : notre kiffe pour le High jump (mais vraiment high, regarder la vidéo !) !
Pourquoi êtes-vous venus au Sénégal ? Ben, pour deux raisons en fait. La première c’est qu’on avait vu il y a quelques années la vidéo Dem be Diekh et on savait qu’il y avait des jeunes qui avaient le même kiffe que nous ici au Sénégal. Franchement quand on a vu la vidéo, ça nous a fait trop délirer de voir à quel point avec si peu de moyens ils pouvaient sauter, en vouloir vraiment ! Et puis en France on est de moins en moins à s’intéresser à cette discipline... On voulait donc venir rencontrer nos frères riders sénégalais. Et la seconde raison c’est qu’on travaille avec le Club med : en échange d’une démo il nous offre une semaine de vacances tous frais payés. On nous a proposé le Sénégal et nous on a sauté sur l’occas !
Comment avez-vous connu Accro Roller ? On a vu la vidéo Dem be Diekh sur le site roller.fr et en première partie du DVD Eveil de Riders français. On a vu qu’ils avaient les mêmes délires, les mêmes kiffes. C’était dingue pour nous de voir des gens faire ça au Sénégal !
C’est quoi vos impressions sur Accro Roller ? Accro Roller a pris plus d’ampleur que nous là-bas en France. En France, on nous prend pour des bandits, on a toujours les flics après nous ! Alors qu’ici vous êtes respectés et vous avez la liberté de pratiquer le High Jump où et quand vous voulez ! Et ça, malheureusement, c’est plus possible à Paris ! Et puis les jeunes riders en France aujourd’hui ils préfèrent faire du street ou de la rampe plutôt que de sauter. Le gros problème ici c’est le matos. Les gars sautent avec du matos pas adapté et ça les pénalise sur le style et la technique. Mais malgré ça il y a l’esprit, et c’est ça qui compte ! Quand on est arrivé dans la rue de Mermoz mardi dernier pour sauter avec eux, j’ai eu l’impression (c’est Rachid qui parle) de revenir en arrière quand j’avais 15 ans et qu’on sautait dans les rues ! Ca m’a vachement touché, bien plus que quand on a fait la demo au Club Med le lendemain. La démo en fait c’était pour nous un moyen de montrer aux gens du Club qu’il y avait des jeunes qui faisaient la même chose que nous dans ce pays. On voulait montrer que le roller n’a pas de frontières ! Et qui sait, ça peut ouvrir des portes à des membres de Accro Roller pour voyager comme nous on est en train de le faire grâce au Club ! Les vacanciers ont donné plein de retours positifs d’ailleurs. C’est vrai que ce soir là il y avait un côté fraternité !
Des conseils à donner aux Accro Roller ? Continuez comme ça et ne visez surtout pas l’Europe car vous risquez d’être dégoutés. Nous on galère là-bas, on survit ! Essayez de vous faire connaître, qu’on vienne vous chercher ! Regardez du côté d’autres pays du Continent africain comme le Maroc. Il y a un grand événement qui inclut aussi le Roller au mois de janvier à Marrakech. Vous pourriez y participer. Et puis par contre faites gaffe à vous avec votre matos ! Quand vous faites des trucs dangereux mettez des matelas pour amortir. En tous les cas, continuez à faire vivre la passion du Roller ! C’est important que les petits et les jeunes aient une passion et fasse du roller plutôt que d’aller traîner dans les rues et d’aller voler. Donc continuez comme ça, vous êtes sur la bonne route !!
Et vous, comment êtes-vous nés les KIFFUNRIDERZ ? On est une dream team qui a commun le plaisir, le délire du ride. On bouffe le street, on bouffe le free barre... La team est née ... grâce aux flics en fait ! A force de jouer au chat et à la souris avec eux, on s’est coalisé entre jumpers et on a dû prendre un statut pour agir et nous imposer. On est une vingtaine de personnes dont 12 leaders. On vole dans les airs.... Les soirs, dès que l’on peut on va sauter. Les flics viennent pour arrêter le show, mais parfois ils ont peur de nous arrêter car le public s’énerve ! C’est ridicule, maintenant sur le pont de Notre Dame il y a, du matin jusqu’à 20h, tous les jours de la semaine, des flics rien que pour nous empêcher de sauter ! Du coup c’est pas facile de sauter car on manque de spots, d’endroits où stocker le matériel. Le matos c’est nous qui le construisons. La recette ? Tu prends 7/8 palettes de supermarché, 1 planche de 2m50 de longueur, une autre planche pour renforcer le tremplin, 1 plaque publicitaire qu’il y a à l’arrière des bus, une planche fine qui sert de planche d’appel entre la rampe de lancement et le sol pour éviter les écarts, une barrière de CRS, trois barres de bambous pour faire des barres de hauteurs et des bouts de bois pour mettre entre... Voilà ! A chaque fois quand on saute on doit cacher notre matos ! Et quand les flics l’embarquent ... et bien on reprend les mêmes ingrédients et on recommence ! Nous on est les seuls à faire du jump à Paris. Même le plus grand skatepark d’Europe qui était à Vitry a fermé ! La Fédération de roller est dans un esprit sportif de haut niveau : vitesse, fond... Elle ne voit pas le high jump comme un sport, c’est juste un truc de démo. Du coup, si on ne fait pas gaffe le high jump risque vraiment de disparaître.
Vous arrivez à vivre du Roller ? Pas vraiment ... Madou lui travaille à côté, nous deux (Samir et Rachid) on en survit ! Mais c’est très dur, c’est difficile de percer ! A part Taig Khris qui a gagné les X-games, il n’y a pratiquement personne qui ait vraiment percé ! Nous on a gagné des championnats (Rachid et Madou), mais bon ... notre rêve d’en vivre ne s’est pas vraiment réalisé. On travaille avec l’événementiel : ouverture de magasins, téléthon, Club Med ... Mais si on avait un agent ça serait peut-être plus facile !
Madou, c’est quoi le roller pour toi, pourquoi tu aimes ca ? J’ai commencé, j’avais 5-6 ans. Je suis parti avec un ami au Trocadéro et là j’ai vu plein de rollers. Ca m’a trop fait kiffer ! La deuxième fois j’y suis retourné seul et j’ai commencé à apprendre. Ma première paire de roller c’était des Boers. Dans mon cercle il y avait plein de gens qui me soutenaient. A partir de 14 ans j’ai fait partie d’un club et j’ai vite percé. Je faisais partie des meilleurs de la nouvelle génération. A 15/16 ans, j’ai gagné le championnat de France en slalom et figure libre. Ca m’a donné le goût du roller. On m’a appelé pour des démos, mais je ne pouvais pas voyager hors de France car j’étais mineur. Pour moi c’était un sport que je pouvais faire tous les jours et j’allais en faire ma profession... mais bon ça s’est avéré pas si simple que ça ! Le roller c’est mon kiffe parce que ... j’aime le contact avec le public. Quand je saute je me sens libre, la rage que j’ai contre le système je peux la transformer en quelque chose de positif ... Dans mes rollers, je vole dans les airs ! Et puis j’arrive à kiffer avec mes potes et eux ils sont toujours là !
Mon meilleur souvenir ? A Ibiza (île en Espagne), quand j’ai sauté 3m30 avec un tremplin de 1m05.
Voir sa page sur le site www.kiffunriderz.com
Samir, c’est quoi le roller pour toi, pourquoi tu aimes ca ? J’ai commencé, j’avais 10 ans. Au début c’était un délire entre potes. On mettait un tremplin en face du conservatoire et on sautait ! Pedro c’était le leader du groupe. On faisait des conneries ensemble, on s’accrochait aux voitures. Mes premiers patins c’était des Rollé, des quads avec des roues en plastique. C’est une famille chez qui j’allais manger qui me les a offerts. Après j’ai mis des Rentals, et là j’ai commencé à kiffer. Je suis passé du quad aux street et après j’ai découvert les FSK de Salomon. Chantmé !!! Là j’ai vraiment kiffé, j’ai pas laissé le délire. A partir de l’âge de 14 ans je me suis vraiment mis à fond dans le roller. J’ai un peu touché à toutes les disciplines. Et puis j’ai rencontré Madou et Raseed, et notre aventure commune a commencé...
Mon meilleur souvenir ? J’étais avec Fares, un pote. J’avais 15 ans et notre délire c’était de nous accrocher aux voitures. On partait du 11ème arrondissement à Paris pour aller dans le 1er en passant par le fameux Tunnel de Châtelet ! Les conducteurs en général quand tu t’accroches ils ont deux types de réactions : soit ils freinent brusquement, soit ils accélèrent. Ce jour là on s’est accroché à une 205 rouge (je m’en souviens encore !), j’étais devant et Fares me tenait derrière. La voiture a commencé à accélérer, accélérer, accélérer... Chantmé ! Le gars il a bombardé, à chaque virage on entendait les pneus crisper jusqu’à ce qu’il fasse ... un tête-à-queue. Là j’ai vu la voiture se tourner face à moi, on a réussi à l’éviter et a continué tout droit ! J’ai flippé grave. Quand j’ai vu que Fares n’avait rien j’ai juste tracé. J’ai enlevé ma paire et je suis entré dans le métro sans parler. Fares il paraît qu’il était blême ! Ce souvenir il est dans notre tête. Depuis Fares ... jamais plus il a repris le Tunnel du Châtelet ! Le Roller pour moi c’est un tout ! Tu es libre, dans la rue. Personne ne te dit ce que tu dois faire. C’est ce sentiment de liberté que je kiffe. Et puis il y a les potes aussi, parce que tout seul tu fais rien, tu kiffes pas ! C’est pour ça d’ailleurs que c’est en train de disparaître, parce qu’il n’y a plus assez de monde et c’est dommage !
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Rachid, c’est quoi le roller pour toi, pourquoi tu aimes ca ? J’ai commencé, j’avais 7 ans. Un jour je suis passé au marché aux puces et il y avait une paire de roller et de patin à roulette. Comme ma mère n’avait pas trop de sous elle m’a acheté les patins à roulettes avec des sangles, me disant que comme on pouvait en ajuster la taille, ils dureraient plus longtemps. J’ai aimé ça rouler, mais les potes ils m’ont trop charrié avec mes patins nazes... il fallait que je m’achète des rollers. Un jour le sort m’a souri. J’ai vu un monsieur ramasser un billet de 200 Francs qui était tombé dans la merde et moi j’ai commencé à jouer la comédie, lui disant que ces 200 Francs c’est moi qui les avait perdus et qu’il fallait absolument qu’il me les rende. Je l’ai convaincu, c’était ma chance ! J’ai acheté comme ça ma première paire de vrais rollers. Pour s’affirmer dans le monde du Roller il fallait passer sous le Tunnel du Châtelet. J’avais 8 ans, j’étais complètement casse cou et je l’ai fait ! Après j’ai vu des gars sauter sur le pont de Notre Dame. J’ai tout de suite voulu essayer. Dès que les gars avaient fini de sauter je suis monté sur le tremplin. J’ai trop kiffé. Je me suis rendu compte très vite que j’avais une vraie facilité à sauter. Mais il fallait que je trouve une paire mieux, que j’ai réussi à racoler petit à petit... En ’90 c’était mon vrai pas dans le monde du jump. De ’90 à ’97 on était environ 200 à 300 personnes rien qu’à Paris à sauter. J’ai commencé la compétition en ’94. Je cartonnais en figures libres, mais je n’arrivais pas à monter sur le podium... Et puis j’ai rencontré un gars qui m’a entraîné ! En’97 et ’98 j’ai été champion de France deux années de suite... Et puis il y a eu des histoires pas claires, qui ne m’ont pas trop plu, et je me suis cassé de l’équipe de France. Maintenant je fais pas mal de démo. Depuis ’99 il y a le délire du Club Med qui m’a permis de faire un mini tour du monde grâce à ma passion. Je suis allé un peu partout en Europe, en Polynésie française, en Afrique... Et en plus maintenant j’arrive à amener des potes avec moi ! J’aime le roller car par le roller j’arrive à m’exprimer sans avoir à parler. C’est un exutoire, une énorme liberté, mon espace à moi pour exprimer ma rage ! Et cette liberté elle est gratuite. Ma sensation quand je saute c’est de voler. Quand j’étais plus jeune je me jetais juste, je m’en foutais de comment j’atterrissais. Apprendre à gérer l’espace c’est comme un septième sens, c’est comme voler. C’est intense, mais bon en même temps on n’a qu’une vie donc il faut faire attention...
Mon meilleur souvenir ? Une émission Télé où j’étais, que ma mère a vue et qui a été diffusée même au Bled en Algérie. Ma mère, même si parfois j’ai l’impression qu’elle ne comprend pas vraiment c’est quoi le roller pour moi, ce jour là elle était trop fière de moi. Et au Bled, quand j’y suis retourné ils m’ont tous dit : Rachid, on t’as vu à la télé !!






